« Si les femmes baissaient les bras, le monde s’écroulerait ». (Proverbe africain)

Dans mon livre Les Sagesses du cercle – La résurgence de la spiritualité féminine, j’introduis la notion de Spiritualité Féministe. Brooke Medicine Eagle, Ani Williams, Marlise Wabun Wind et Vicki Noble, vrais précurseurs de la voie du Féminin aux Etats-Unis, évoquent aussi ce concept. Si vous le « googlez » en français, vous ne trouverez que très peu de références alors qu’il en existe de nombreuses en anglais.

Il y a très longtemps a existé partout dans le monde une spiritualité propre aux femmes,  que la société patriarcale a presque totalement effacée. Une spiritualité des femmes ressurgit depuis une cinquantaine d’années, et prend une forme inédite puisque les fondements de la société se sont totalement modifiés. Notamment dans le fait de ne plus vivre en communauté, mais dans des familles de plus en plus restreintes et de plus en plus éparpillées.

Dans ce nouvel éveil du Féminin, la femme, se redécouvrant en tant que sujet, vit son expérience spirituelle à partir de sa propre perception, et n’accepte plus les références et les hiérarchies institutionnelles qui nient souvent la subjectivité et l’individualité des personnes.

Malheureusement, tout en redevenant consciente d’elle-même, de sa nature intrinsèque et de sa valeur, la femme se confronte encore aux modèles oppressants et parfois aliénants du patriarcat qui l’ont façonnée durant des millénaires et qu’elle tente pourtant de déprogrammer. Tâche d’autant plus ardue que cette démarche personnelle ne suit aucun  modèle particulier et ne comporte aucune recette toute faite. Tout est à réinventer dans des structures patriarcales omniprésentes, et seulement peu d’aînées ont parcouru ce chemin de déprogrammation et sont donc à même d’accompagner celles qui souhaitent emprunter cette voie.

A mon sens, les hommes comme les femmes ne pourront fertiliser et faire éclore leur féminin qu’à partir d’un masculin guéri. Aussi faut-il en premier lieu faire un travail considérable de « dépollution » du patriarcat et voir avec lucidité comment ce masculin dégradé et dégradant s’est imposé à nous, comment il nous a marqués pour éviter de retomber dans les mêmes pièges. Vicki Noble précise d’ailleurs : Le patriarcat est simplement une mutation, tout comme le cancer, qui ne peut être expulsé du corps que si le système immunitaire est assez fort. 

La spiritualité féministe semble être une solution dans l’éradication du patriarcat, puisque pour moi « féminisme » implique la solidarité entre femmes. Ce cheminement est cependant rude à parcourir car il implique une pleine autonomie intérieure et un sens aigu de la responsabilité de ses propres besoins et des moyens pour arriver à ses fins. Je pense réellement que seule l’émergence et le rayonnement d’une conscience féministe permettra de «devenir soi-même» et de reconnaître que l’autre puisse devenir elle-même. Et ainsi donner naissance à une sororité ancrée et non d’apparence, phare et pilier très importants dans le cheminement personnel de chacune.

Dans la spiritualité féministe, le sacré et le profane, le matériel et le spirituel, le naturel et le surnaturel sont entremêlés. La quête, la profession, l’engagement social, la vie privée et la vie publique des femmes sont totalement interconnectés. Il s’agit d’une spiritualité sans frontière ni compartiment, dans laquelle les générations se reconnaissent et respectent les qualités inhérentes à chacune d’entre elles.

Il reste beaucoup à accomplir.

Claire Jozan-Meisel