Vers une autorité et un leadership bienveillants au Féminin.

Dans les années 70 a eu lieu la renaissance de la spiritualité amérindienne. Ses particularités sont de se pratiquer en cercle (conception féminine, cyclique et non-hiérarchique de l’existence), de considérer que les êtres humains et les êtres de tous les règnes appartiennent à une seule et même famille universelle et de célébrer les différentes saisons de la Terre et de la vie des êtres humains. Dans cette dynamique, une spiritualité propre aux femmes ré-émerge et propage les « Mystères du Féminin », le pouvoir visionnaire des femmes reconnu autrefois dans certaines sociétés indigènes. Leur rôle en devenait prépondérant dans la vie politique de la communauté, particulièrement lorsqu’elles passaient la porte de la ménopause.

A la même époque, une spiritualité féminine, voire féministe, naît en Californie. Les femmes s’ouvrent à leur intuition, cherchent des réponses à leurs questionnements de façon instinctive dans leur corps et apprennent à incarner la Shakti, les énergies du Féminin sacré. Le féminisme spirituel rejette ainsi les images exclusivement masculines du divin et la domination des hommes dans la religion et dans les autres secteurs de la vie. Ce mouvement spirituel féministe célèbre et met en avant le fait que les femmes ont des choses à offrir, spirituellement et politiquement. Notamment grâce à leur sensibilité aux cycles, à la nature, aux relations entre les personnes et au cosmos. La spiritualité féministe souligne ainsi le pouvoir empathique, la valeur et la dignité des femmes.

Le premier « Jour de la Terre » (Earth Day) est instauré en 1970 et dès 1971 l’UNESCO lance un programme qui a pour objectif d’accroître les relations entre l’Homme et la Nature. En 1972, les Nations-Unies tiennent la première conférence internationale sur l’environnement à Stockholm.

Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… Et pourtant dès la fin des années 70 apparaît le libéralisme économique qui aboutit à la financiarisation de l’économie mondiale et au culte de la croissance et du profit, dont nous pouvons aujourd’hui constater les désastres. Des personnes issues du monde scientifique, de mouvements écologiques et éco-féministes et de tribus autochtones avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme sur les problèmes de pollution il y a déjà 50 ans mais nous étions trop occupés à autre chose et n’avons pas voulu prêter l’oreille.

Le monde politique, prisonnier du dogme libéral et lié aux grandes entreprises, ne propose pas de solutions durables et adaptées aux enjeux planétaires. Sans doute les réponses pourraient maintenant venir des femmes et plus particulièrement des femmes mûres…

L’histoire a passé sous silence le lien ancestral des femmes à la nature depuis l’instauration du patriarcat. Mais le mouvement éco-féministe actuel tente d’amener les facultés et les valeurs féminines dans la sphère politique, car les femmes
 «ressentent» la douleur de la Terre, «voient» l’état catastrophique de notre monde et souhaitent trouver des solutions en affinant leurs perceptions et en développant leur créativité.

Cependant, même si notre société valide que les femmes sont dotées d’une grande perspicacité, elle ne nous donne pas encore assez les moyens de la déployer, ni la possibilité de la mettre en œuvre de façon organisée. Or, en tant que femmes, nous savons beaucoup de choses et pouvons agir à partir de cette connaissance en le décidant et en nous donnant vraiment les moyens de le faire.

L’engouement récent pour la pratique des rituels dans la spiritualité des femmes représente à mon sens une des facettes de la réappropriation nécessaire du rôle spirituel que nous avions dans des vies très antérieures. L’heure est maintenant venue pour les femmes de s’engager dans des causes concrètes pour la Terre et de reprendre un rôle d’autorité et de leadership bienveillants au Féminin.

Dans son livre « The longevity economy », le Docteur Joseph F. Coughlin, responsable du AgeLab au célèbre MIT (Massachussets Institute of Technology), montre que la gouvernance féminine est déjà en place et que le futur sera féminin.

Voici quelques indicateurs qui corroborent cette tendance :

  • Les femmes ont une espérance de vie plus longue que celle des hommes et n’ont jamais été aussi éduquées;
  • Les femmes à partir de l’âge de 50 ans représentent la frange la plus large de la population occidentale;
  • Les femmes d’âge mûr prennent la plupart des décisions dans le foyer familial au sujet de la santé et du budget. Elles sont les « donneuses de soin en chef », recherchent les solutions les plus adéquates aussi bien pour leurs enfants, petits-enfants, parents et beaux-parents dont elles sont le plus souvent responsables et qui décèdent de plus en plus tard;
  • Les personnes de la génération Y considèrent leur mère comme leur meilleure amie et conseillère.

Ce livre démontre que les femmes gouverneraient déjà le monde mais que le monde n’en est pas encore conscient. En effet, bien qu’elles aient parfois l’impression d’être invisibles dans le monde du travail, les femmes sont pourtant souvent pionnières dans certains domaines. Les sources d’innovation viendraient de femmes de plus de 50 ans qui ont des idées nouvelles, la vie devant elles et la détermination de mener à bien leur tâche. Aux Etats-Unis, les femmes mûres semblent réinventer le monde du travail. Jeunes, elles ont supporté les aléas de la bureaucratie des grandes entreprises. Plus âgées, après avoir fondé une famille, acquis de l’expérience et s’être heurtées au plafond de verre, elles se lancent dans l’entreprenariat, créent des sociétés de conseils et proposent des offres innovantes.

Les femmes sont les « superintendantes de la famille », constate ce chercheur. Responsables de la plupart des achats et des choix en matière de santé, elles sont donc parfaitement conscientes des besoins matériels et des enjeux domestiques des différentes générations. Elles sont par conséquent les mieux placées pour comprendre les  nécessités de chacun et orienter les modes de consommation vers des produits respectueux de la planète.

La ménopause mène ainsi les femmes vers une transformation et une renaissance profondes qui ne sont ni reconnues, ni même considérées dans notre société. Et pourtant, la métamorphose vécue par les femmes à partir de la maturité est un véritable tremplin pour pouvoir s’écouter avec plus d’acuité, agir avec discernement, déployer son potentiel et apporter des solutions à la préservation de la planète.

« Quand les grand-mères parleront, la Terre guérira » dit une prophétie Hopi. Il semble que ce présage soit en passe de devenir réalité.

Claire Jozan-Meisel

 

Visuel de Caroline Manière